Avalon

26/07/2019

Avalon, Glastonbury le cimetière caché des glaces, petite histoire d'un site

Glastonbury ou Avalon, Somerset England, hic jacet rex Arturus

 

Avalon, l'île de nulle part, mythe et actualité.

L'idée majeure, c'est que certains niveaux de conscience très étendus, certains modes de cognition à côté de ceux qui nous sont ordinaires, sont inclus dans les possibilités de chaque être humain ».

D'après Wellesley Pole Tudor, Writing on the ground, Tasburgh, Pilgrim book service, 1984.

« Dis lui les paroles que t'apprit NSJC et que l'on appelle les secrets du Graal et quand tu lui auras confié tout cela, remets lui le vase et confie le à sa garde... ainsi iront les choses et come tout le monde va et ira en avalant , il convient que tous ces gens se rendent en Occident. »

« es vaus de valon et icels terres traient viers occident »

Le Saint Graal de Robert de Boron, ms Huth.

Avalon, Afallach est l'île des pommes, le verger sacré toujours florissant, lieu de séjour des héros celtes, jardin paraisiaque de l'Autre-Monde. C'est là, si l'on en croit le trouvère anglo normand Robert Wace, qu'Arthur, lassé des batailles et navré mortellement se fit porter pour soigner ses blessures, les bretons attendent qu'il en revienne: "rex Arturus, rex Futurus". La pomme est ainsi pour les celtes, un moyen de conserver le contact avec l'Autre Monde étant l'instrument par lequel les immortels jettent un charme sur les héros qu'ils veulent attirer dans leur séjour. C'est sur une branche de pommier que Lug apparut un jour au roi d'Irlande. La branche ornée de trois pommes est aussi insigne de la majesté royale.

En Grande Bretagne, l'Ile d'Avalon est localisée à Glastonbury: (le cimetière caché des glaces ou le brillant caché lumineux), nom d'une localité du Somerset anglais, siège d'une importante abbaye cistercienne au Moyen-Age. Elle passe pour avoir été, en Domnonée, un des hauts lieux du celtisme antique, résidence favorite des fées, localisation de l'Autre monde chez les Celtes. On y vénère deux moines irlandais, saint Indracht et saint Patrick, saints celtiques, et l'on rend à cet endroit également un culte à sainte Bridget (héritière de la déesse pan-celtique Brigitte?) qui y aurait abandonné son sac et sa quenouille.

Deux idées se dégagent de ce nom, celle de gel, de glace, de lumière (Glass) et celle d'enterrement, de cache de cimetière (bury); elles relient d'emblée ce lieu, l'Ile de Verre, au séjour des morts et à un univers lumineux.

Occupée depuis l'Age du Bronze, la cité doit son développement médiéval à l'Abbaye qui occupe le centre de son espace géographique.

Bâtie d'abord en bois au 6ème siècle et construite par saint Duncan vers 950 elle devient vite l'une des plus importantes abbayes anglaise du fait de l'attraction qui résulte des pèlerinages dont elle est destinataire :

• le lieu est considéra comme sacré depuis les temps mégalithiques,

• il a été le cadre d'un collège druidique,

• c'et là qu'un disciple du Christ, Joseph d'Arimathie, aurait caché le saint Graal ramené de Terre Sainte,

• l'abbaye a été fréquentée par des saints célèbres : Dunstan, David, Patrick, Brigitte

• on y a trouvé en 1191 les tombes du légendaire roi Arthur et de la reine Guenièvre, son épouse.

On y vénère deux moines irlandais, saint Indracht et saint Patrick, saints celtiques, et l'on rend à cet endroit également un culte à sainte Bridget (héritière de la déesse panceltique Brigid ou Bridequi y aurait abandonné son sac et sa quenouille.

Deux idées se dégagent de ce nom, celle de gel, de glace, de lumière (Glass) et celle d'enterrement, de cache de cimetière (bury); elles relient d'emblée ce lieu, l'Ile de Verre, au séjour des morts et à un univers lumineux.

A la fin du 19ème siècle, et au début du vingtième, de fortes personnalités vont à nouveau focaliser l'intérêt d'abord de cercles privilégiés puis du grand public vers Avalon sur deux motifs :

- le mythe du calice sacré, ou graal, sous la forme d'une Coupe dont l'auteur nous montre le pouvoir fédérateur en même temps qu'il rencontre un imaginaire social latent,

- le revivalisme du sacré féminin et particulièrement du culte de la déesse mère, lequel semble venir du fond des âges.

Le culte de la Grande Déesse (ou Mother Earth) qualifié de néo paien et qui nous semble plutôt syncrétique possède un renouveau singulièrement d'actualité à Glastonbury où il s'est établi en faisant un de ses quartiers généraux dans le monde autour d'une organisation nommée la Conférence de la Déesse créée par Kathy Jones.

Aujourd'hui c'est aussi un centre de mouvements alternatifs, il accueille chaque année un grand festival de pop musique et de nombreuses initiatives de rencontres et pratiques artistiques allant dans le même sens.

Glastonbury: (le cimetière caché des glaces ou le brillant caché lumineux), est le nom d'une localité du Somerset anglais, siège d'une importante abbaye cistercienne au Moyen-Age, qui passe pour avoir été, en Domnonée, un des hauts lieux du celtisme antique, l'Ile d'Avalon, résidence favorite des fées, localisation de l'Autre monde chez les Celtes. C'est un des lieux les plus sacrés du Royaume Uni. La légende raconte encore qu'elle accueillit, au premier siècle de notre ère, une communauté monastique fondée par un disciple du Christ, Joseph d'Arimathie. Il y aurait caché le saint Graal. La cité a connu ses grandes heures de gloire aux 12ème-13ème siècles avec la fondation d'une des abbayes les plus fréquentées d'Angleterre, Ile des pommes, verger sacré toujours florissant, lieu de séjour des héros celtes, jardin paradisiaque de l'Autre-Monde, c'est là que le légendaire roi Arthur, lassé des batailles et navré mortellement se fit porter pour soigner ses blessures, les bretons attendent qu'il en revienne: "rex Arturus, rex Futurus". En 1191, on y retrouvera même sa tombe celle de Guenièvre. Des temps les plus reculés elle conserve encore, dans la mémoire collective, le souvenir d'un haut lieu de culte druidique. Elle subit un véritable déclin après la Renaissance et pour plusieurs siècles, l'état d'abandon de l'Abbaye au début du 20ème siècle en portant témoignage. Elle est de nos jours le lieu réputé d'un des premiers festivals pop d'Europe et celui du renouveau de la religion de la Déesse mère servi par les prêtresses d'Avalon. C'est enfin un lieu du Nouvel Age avec nombre de propositions de diverses communautés et workshops, et une organisation véritablement alternative.

Cette condensation, extraordinaire de cultes les plus divers n'aurait pas vu le jour, si, entre les siècles rationalistes et le nôtre, divers témoins et acteurs inspirés n'avaient fait revivre le mythe avalonien en y apportant chacun la marque de leur génie propre et de leur engagement. Car Avalon n' pas fini de nous fasciner, comme en témoigne et ce véritablement l'actualité de ce mythe en ce début du 21éme siècle comme son inscription sociale, en ces lieux.

Actualité.

Travaillant depuis 1978, sur le site de Glastonbury (ou Avalon), Somerset, Grande Bretagne, haut lieu de la Légende arthurienne, nous avons été saisi à chacune de nos sept visites, comme dans les contacts noués en ces occasions et dans les lectures afférentes par l'atmosphère qui y règne en termes de communication sociale comme par le fait qu'hier comme aujourd'hui, les personnalités qui y ont fait escale entretiennent une relation particulière à certains phénomènes dits paranormaux.

Il y a là un lieu où souffle l'Esprit et comme l'écrivait Gilbert Durand dans la préface à un ouvrage dont il avait bien voulu nous gratifier [1]: « l'esprit ne souffle pas où il veut mais ou il doit ».

A la fin du 19ème siècle, et au début du vingtième, de fortes personnalités vont focaliser l'intérêt d'abord de cercles privilégiés puis du grand public pour l'Avalon situé à Glastonbury et, ce, pour deux motifs :

- le mythe du calice sacré, ou graal, sous la forme d'une Coupe dont l'auteur nous montre le pouvoir fédérateur en même temps qu'il rencontre un imaginaire social latent,

- le revivalisme du sacré féminin et particulièrement du culte de la déesse mère, lequel semble venir du fond des âges.

Le site reste dans l'Imaginaire collectif -et jusque dans nos modernes romans- chargé des légendes de la présence des déesses et fées de l'Autre Monde, à tel point qu'une romancière américaine contemporaine à succès, Marion Zimmer Bradley, n'hésite pas à y situer le théâtre des exploits de ses héros celtes, en cet "endroit où le pâle reflet lumineux de l'Autre monde éclaire l'Univers des humains".

Avaloniens « inspirés[2] ».

John Arthur Goodchild (1851-1914). Ce médecin trouve à Bordighera (Italie) une magnifique coupe en verre de facture primitive ainsi qu'un plat provenant d'un lieu ayant appartenu à son père. De retour en Angleterre, une expertise du British Museum lui donne à penser qu'il s'agit d'une pièce à nulle autre pareille pouvant être datée de l'ère préchrétienne.

S'interrogeant sur les liens qui peuvent unir Bordighera à Glastonbury, il découvre l'existence d'un culte matriarcal druidique établi en Irlande et en Avalon pour servir le culte de La Haute Reine, la déité féminine, désormais christianisé à Glastonbury en la personne de sainte Bride ou Bridget.

  • Une voix, perçue intimement, lui enjoint de porter la Coupe à la source de Bride's Hill consacrée à sainte Bridget (ou Brigid) de Kildare, à Glastonbury. Le message lui indique également qu'une jeune femme fera offrande de sa personne à l'endroit où il laissera la coupe et que ce sera un signe pour lui. Après la mort de son père, il s'y rend donc et, dans le plus grand secret, dissimule la Coupe dans un bief de moulin, sous une pierre, dans un trou au fond des eaux boueuses sorte de bouteille à la mer adressée aux Invisibles.Il y reviendra chaque année, de 1899 à 1906, guettant un signe de réalisation de la prophétie. Il confie ce secret à Sharp. Le 26 août 1906, deux signes célestes lui apparaissent, à huit jours de distance : une épée suspendue dans le ciel d'Est, et une coupe dans le ciel d'Ouest.
  • Le 26 septembre de la même année, deux sœurs de Bristol, Janet Bevil et Christine Allen, amies des Tudors, viennent le visiter et lui expliquent que leur ami, le mystérieux Wellesley Tudor Pole), a reçu une intimation lui disant qu'il devrait chercher un objet sacré dans la source de sainte Bride, sur le site d'un monastère des nonnes fondé par la sainte au 5ème siècle, à Glastonbury[3]. L'ayant fait, elles y ont retrouvé une coupe de verre leur paraissant très ancienne. Elles l'ont nettoyée puis replacée dans la fontaine. Goodchild comprend que c'est le signe qu'il attendait. Les visions des sœurs Allen se multiplient, les encourageant à sortir la Coupe de l'eau. Elles la rapportent alors à Bristol, au Royal York Crescent, où elles installent un oratoire autour de cet objet sacré en le liant à une spiritualité particulièrement féminine. Dés lors les visites commencent, elles recueillent plusieurs témoignages de révélations et de guérisons obtenues face à la Coupe.

Wellesley Pole Tudor(1884-1968). Né le 23 avril 1884 de Thomas et Kate Pole à Weston-super-Mare, Wellesley Pole Tudor était apparenté aux Tudors par sa mère. A l'âge de 18 ans, il visite Glastonbury et y a la révélation d'un rêve récurrent dans lequel il voyait les structures de l'abbaye et de la ville et lui-même moine de l'abbaye à une époque reculée. Il s'y sentira, écrit-il, « comme à la maison » et y retournera souvent, à la date du 1er Février (Imbolc dans le calendrier celte), avec la conviction que l'y attend une sainte relique. De ce moment naît une aventure spirituelle, humaine focalisée sur Glastonbury qui en fera une célébrité à l'échelle mondiale puisqu'on lui doit l'invention de la « Minute de silence », qu'il entrevoit comme une arme de mobilisation psychique universelle pour la paix.

Au-delà, il est convaincu, écrit-il, que « nous sommes en train de passer d'un âge à l'autre et que, au-delà des frontières de la perception humaine, les énergies déployées nous préparent à élargir un nouvel essor pour l'humanité »[4].

De ce fait la coupe de Glastonbury (assimilée au saint Graal) est pour lui le signe de ce passage d'abord parce qu'il note que « de nombreuses guérisons et visions lui sont associées et que l'atmosphère qui se développe autour apparaît comme celui de la paix et du sacré ». Ainsi c'est un « important symbole d'unité et de fraternité en souvenir de la coupe utilisée par le Maître Jésus lors de son dernier souper».

Dion Fortune, the « Changeling », (1890 -1946), née Violet Mary Firth, est une spécialiste de la Kabbale. Elle a connu Bligh Bond, Alice Buckton et le compositeur Rutland Boughton. Sa mère était persuadée qu'elle était une enfant changée au berceau par intervention féerique, en tout cas, elle manifeste dès son plus jeune âge des dons d'écriture, de visualisation, et déclare que d'étranges êtres colorés habitent sa tête. Elle s'intéressera à la psychologie puis passera à l'occultisme, utilisant ces deux dans ses analyses.

Sur Glastonbury, son ouvrage « Avalon of the Heart" écrit sur la base d'écritures automatiques, procède d'une expérience vécue pour avoir un matin, avec Bond, traversé l'Abbaye et y avoir vu le Coupe de sainte Bride. Séjournant souvent chez Alice Buckton, à Chalice Well, elle écrit que les Atlantéens avaient un « Mont-Coupe » qui les mettait en contact avec l'au-delà. Inspirée par les pensées de Socrate et de Thomas More, elle dit avoir traversé la pensée des maîtres occidentaux et nomme Jésus « le fils initiateur de l'Ouest »[5]. Empruntant au paganisme l'attraction des énergies naturelles et au christianisme la transcendance, elle situe le Christ au sommet de la force suprême de l'Univers (nous sommes proches du point Omega de Teilhard de Chardin). La puissance apportée par le Christ à l'homme mais occultée par l'Eglise a ainsi, pour elle, deux sources : astrale et spirituelle. A Glastonbury, elle constate que ces deux forces se trouvent en équilibre entre la Tor, le Puits et l'Abbaye. S'y rencontrent en effet, pour elle, l'antique foi des bretons et celle des chrétiens.

Katherine Maltwood (1878-1961), peintre, théosophe et romantique, désigne et reproduit le Zodiaque d'Avalon voir figure) qu'elle repère dans la voûte céleste et qui est projeté dans les structures du paysage. D'un « insight » sortira "The High History of the Holy Grail" inspirée du Perslevaus et dont la clef se trouverait dans le Zodiaque. Elle explique que les forces primordiales avaient leurs représentations symboliques dan les constellations ainsi Arthur personnifierait le soleil, le Graal, l'ensemble du Zodiaque. Pénétrer le secret de la quête ce serait donc pénétrer le symbolisme du zodiaque.Elle ouvre la voie aux pensées du New Age, Aquarius étant le signe de Glastonbury et Chalice Well, la fontaine du sang, la représentation du Verse Eau, prophétisant que la vieille abbaye sera restaurée pour servir le dessein du Grand Architecte de l'Univers et que Chalice Well purifiera ceux qui seraient tentés par les miasmes du pseudo-occultisme.

Kathy Jones, écrivain et dramaturge,a fondé la Conférence de la Déesse et le Temple de la Déesse à Glastonbury où elle vit depuis plus de trente ans. Elle est aujourd'hui un guide spirituel reconnu et a été portée en 2013 au Guide Watkins qui recense les cent leaders spirituels les plus influents de la planète[6]. Personnalité chaleureuse et charismatique[7], elle est la plus contemporaine des « Avaloniens ». Aussi, il est frappant, de notre point de vue, de constater que sa « vocation » au sens étymologique, est liée également à un « insight » une révélation ou apparition reçue sur Bulkwarks Lane, à Glastonbury, qu'elle a décrite dans un ouvrage[8] : «Dans mon cœur j'appelle Ariadne[9]. Immédiatement, d'une façon qui me surprend encore elle répond à ma prière. Elle apparaît resplendissante dans la lumière de l'hiver, sous l'aspect dans lequel je l'identifiais depuis toujours, celle de la déesse aux serpents, la poitrine dénudée, comme dans les figures crétoises de faïence. Depuis toujours, elle a été mon inspiration, ma muse et la divinité qui m'a transformée. Et Ariadne lui dit : Aie foi en moi, je serai toujours à côté de toi, ne soit pas effrayée. Raconte mes histoires... »

Et Kathy Jones poursuit en indiquant avoir ressenti le contact physique de la déesse dans son dos, son étreinte fraîche et sa respiration sur sa colonne vertébrale, non sans en éprouver une certaine terreur. Nous avons donc bien là les deux composantes de toute expérience sacrée selon Rudolf Otto[10] : la fascination et la crainte. Pour autant, Kathy Jones n'en reste pas à cette expérience ineffable pour elle, elle la partage vite dans ses fondations et crée, extraordinaire ambition, une religion néo païenne celle de la Grande Déesse, désormais implantée dans divers pays par les prêtresses qu'elle forme à Glastonbury sur un cycle de trois années organisées en spirales.

Cette voie est également fondée sur le ressourcement personnel, une certaine libération... Kathy Jones a donc joué un rôle clef dans l'éveil des consciences, étant l'auteur de nombreux best-sellers[11]. Elle délivre un message sur le rôle éminent de la Déesse, invitant les femmes à changer le monde grâce à la prise de conscience féminine qui s'opère de nos jours. Les prêtresses de la Déesse offrent de fait des rites de passage vers la Féminité, la déesse devenant la source d'un vrai potentiel humain féminin. Les prêtresses ont conscience de servir la Dame d'Avalon en captant les énergies sacrées qui se dégagent de ce lieu magique et s'y entraînent par des pratiques rituelles et des exercices spirituels appropriés. La Conférence de la Déesse organise également des événements aux dates des fêtes celtiques de l'année et entretient le culte de la Déesse dans un temple qui lui est dédié. Certain témoignage direct recueilli nous a convaincu que les aspects sectaires et de sujétion ou d'emprise en sont exclus.

Interprétation symbolique.

Peu importe à ce niveau de savoir si le roi Arthur et la reine Guenièvre reposent bien à Glastonbury ou si la Coupe de Goodchild est une vraie relique, il est pour nous patent que les significations imaginaires qui sont à l'origine de ces mythes renaissent et se répandent, étant à nouveau socialement partagées.

Elles procèdent, pour nous, d'un régime de l'Imaginaire qui vient équilibrer les catégories modernes vouées au culte de l'éclairement et de la mystification quand les symboles ascensionnels, hiérarchiques, la pensée dualiste imposent leurs canons héroïques largement partagés. Nous avons en effet pointé, la redondance des images nocturnes et aquatiques au cœur de la démarche des Avaloniens, la prépondérance des schèmes féminins dont la Coupe est l'archétype, et que la revitalisation du culte de la déesse, l'importance accordée à la Triade féminine de Goodchild, les travaux d'Alice Buckton, de Dion Fortune ou de Katherine Maltwood, viennent renforcer. Les « Avaloniens » sont largement des « Avaloniennes », leur quête de la Coupe est bien celle de la féminité retrouvée. Carl Gustav Jung a montré après d'autres qu'en alchimie le vase est symbole d'idée mystique. "Il est toujours un, écrivait-il, doit être rond, à l'image de la voûte céleste, afin que les étoiles, par leur influence contribuent à l'oeuvre"[12].

Gilbert Durand a bien décrit ces processus lorsqu'il se penche sur ce qu'il nomme la période explosive du mythe, soit une condensation généralisée ou une réception généralisée qui met un mythe à la mode[13]. Cette période repose sur les deux piliers de tout trajet anthropologique[14],

  • Soit, une pulsion subjective et il est patent pour nous qu'ici elle reprend pour tous nos avaloniens la voie parapsychologique et ce sur une longue période : visions, prémonitions, états modifiés de conscience liés au site, ce que nous avons nous-même constaté et constatons encore de nos jours,
  • et encore, les intimations du milieu, ou bassin sémantique, un topos que Sheldrake nomme aussi « champ morphique », quand le milieu géographique et social en permet le partage,

De ce processus Gilbert Durand a décrit les phases :

.ruissellement, quand divers courants se forment dans un milieu culturel donné, et nous avons pointé les courants celtes chrétiens ésotériques, néo païens, et maintenant libertaires, rock etc...

.confluences, quand sur place des autorités influentes confortent la renaissance mythique ce qui est manifestement le cas à Glastonbury, puisque, dans la ligne de ses prédécesseurs, en 1965, la reine Elisabeth II vient inaugurer sur le site de l'Abbaye une croix de bois. On y verra aussi Arthur Rubinstein.

.au nom du fleuve, quand un mythe, renforcé par la légende, réapparaît et promeut un personnage réel ou fictif, ici Arthur et Guenièvre maintenant la Grande Déesse. Les romans best sellers de Marion Zimmer Bradley y ont joué un rôle non négligeable,[15] portés à l'écran, ils connaissent une réception internationale,

.aménagement des rives, quand des théoriciens donnent des bases solides au mythe, tel Geoffrey Thomas Leslie Ashe, (1923-), historien anglais célèbreet romancier, spécialiste de la matière arthurienne. Il professe que le roi Arthur est le chef Riothamus[16]. Résidant très souvent à Glastonbury, il publie de nombreux ouvrages où il fait lien entre la légende arthurienne et les paysages anglais. Il est l'auteur d'un roman sur un groupe occulte rencontré sur le site d'Avalon et intitulé « The finger and the Moon ». Pour lui, Glastonbury est un endroit magique, très différent de la plupart des sites connus. Ashe publie « Glastonbury, clef pour le futur », forme « The Camelot Research Committee »et institue Avalon comme lieu de pèlerinage et de migration.

.épuisement des deltas, quand d'autres courants tendent à capter l'énergie mythique ce qui est le cas avec l'irruption sur le lieu des courants alternatifs de l'économie solidaire, d'autres philosophies : zen, hindoues, New Age,...

Et les données parapsychologiques ?

Nous constatons, chez les Avaloniens, précisément à Glastonbury, et « le lieu fait lien » comme l'écrit souvent Michel Maffesoli, une certaine redondance des parcours et affects : choc psychologique, révélations, inventions, créativité renouvelée, fondation...

Pour René Thom, les « champs morphogénétiques » ont des schèmes de développement appelés attracteurs et nous avons bien affaire à une véritable attraction sur ce champ nommé Avalon.

Rupert Sheldrake[17] indique que les « champs morphiques » sont eux-mêmes évolutifs et ne sont pas fixés une fois pour toutes. Si la structure de ces champs dépend des évolutions passées, ils renferment une espèce de mémoire et par la répétition les schèmes qui les régissent deviennent de plus en plus probables, de plus en plus habituels.

La voie par laquelle une information ou un schème d'activité est transféré d'un premier système au système suivant relevant de ce type est ce qu'il nomme résonance morphique. Celle-ci implique donc une influence des semblables. Car tout système morphique se règle sur des systèmes similaires antérieurs. Chaque individu puise ainsi dans une mémoire collective, un fond commun, qu'il assimile à son tour. Et l'auteur fait ici référence explicite à l'inconscient collectif jungien, pour nous l'imaginaire radical en ce qu'il tient aux racines. Nous savons bien que les préoccupations des auteurs cités ici sont plus biologiques que sociales mais il faut admettre que ceci fonctionne également dans la longue durée socio culturelle, des celtes aux néo avaloniens, via le christianisme.

Sur le site d'Avalon/Glastonbury nous observons deux éléments fondateurs de ce champ :

  • la permanence des mythes et leur transformation, avec l'élément déclencheur lié à de fortes pulsions subjectives, si ce n'est à des perceptions extra sensorielles,
  • un champ de significations, celui d'un lieu sacré, où se développent, depuis très longtemps, des récits à configuration évolutive nous donnant à penser que la réputation du lieu (l'Ile des pommes), est fonction de la relation que les acteurs y entretiennent aux systèmes d'images mis en place et dont ils sont les vecteurs, parfois à leur corps défendant. Ces systèmes d'images constituent leur dénominateur ou patrimoine (ici le mot matrimoine serait ici plus pertinent) commun.

Oui, Glastonbury/Avalon est bien au coeur d'une vaste constellation d'images à peu près constantes (d'où le zodiaque précité), soit des structures mues par un isomorphisme de symboles convergeant[18].

Kathy Jones, pour revenir au terrain, ne s'exprime pas autrement quand elle écrit : « les mythes nous aident à conditionner notre culture et, en retour, à être formés par elle. La réalité mythique la plus importante n'est pas statique ni fixe, mais, comme le reste de la Nature, elle est sujette au déclin, à l'écoulement (cf. le ruissellement de Durand), au changement [19]».



[1] Bertin G., et al. Apparitions disparitions, Desclée de Brouwer, 1988 ;

[2] Cf. Benham P., The Avalonians, Gothic Image, 2006, auquel nous empruntons nombre de références librement traduites par nous.

[3] On l'appelle aussi Salmon's Back en souvenir du culte d'un dieu poisson pratiqué à cet endroit.

[4] Traduction de l'auteur in op cit p. 16

[5] Cf. ses nouvelles : The Sea Priestess, et Moon Magic.

[6] https://goddesstemple.co.uk/the-vision-of-the-motherworld/

[7] Nous avons eu le plaisir de la rencontrer le vendredi 30 mai 2014 en Avalon.

[8]Jones K, On finding a treasure, mystery plays of the goddess, Glastonbury, Ariadne ed. 1996.

[9] La grande déesse crétoise encore appelée déesse aux serpents.

[10] Otto R., Le Sacré, Payot, Petite Bibliothèque, Paris, 1995

[11] Kathy Jones, The Goddess in Glastonbury, 1990, The ancient british Goddess, Chiron in labrys, 1995,Breast Cancer: Hanging on by a red thread, On finding treasure, Mystery play of the Goddess,1996, The Ancient British Goddess, 2001, In the Nature of Avalon, 2000, Priestess of Avalon, Priestess of the Goddess, 2006, Spinning the Wheel of Ana, 1994.

[12] Jung CG., Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Genève, Librairie de l'Université Georg 1973

[13] Durand Gilbert, Introduction à la mythodologie, Albin Michel, 1996

[14] Ibidem p. 85 sq.

[15] Le cycle d'Avalon de cet auteur est né avec le roman The Mists of Avalon, une réécriture du mythe arthurien du point de vue des femmes qui jouent un rôle majeur dans la légende et plus particulièrement de celui de la fée Morgane.

[16]Ou Riothime, roi des Bretons, appelé en 468-469 par l'empereur Anthémius à former une coalition avec les forces romaines de Gaule du Nord contre les Wisigoths d'Aquitaine.

[17] Sheldrake R, Les pouvoirs secrets des animaux, éd du Rocher, 2011, p 391.

[18] Durand Gilbert, Les structures anthropologiques de l'Imaginaire, Paris Dunod, 1984, p . 40.

[19] Op cit p. 5 traduction de l'auteur

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